Steve et moi vivons à l’étranger en tant qu’expatries depuis près de 3 ans maintenant. Nous avons appris comment vivre au jour le jour si loin de nos familles et nos amis. Au début, c’était l’excitation d’une nouvelle aventure, puis une certaine nostalgie continue de nos proches. On est passé par plusieurs stades d’émotion à différents moments de nos vies d’expats – des moments de pur bonheur et d’autres un peu moins heureux – où l’on a grandi et on s’est développé personnellement et professionnellement malgré la distance.

Lorsque j’ai étudié les relations internationales à l’université, j’ai suivi peut-être la meilleure classe de ma vie sur la communication interculturelle. C’est là que j’ai découvert tout ce qu’il faut savoir sur le choc culturel et ses différentes étapes:

  • Étape 1: Excitation et euphorie d’une nouvelle aventure. C’est le moment du départ et de l’arrivée pour une nouvelle vie aussi connu sous le nom de phase de lune de miel où tout est génial.
  • Étape 2: Le premier choc culturel se fait sentir et tu commences à avoir du mal à comprendre et faire face aux différences culturelles par rapport à tes habitudes et coutumes. Tu es décu et désorienté, tu ressens des émotions telles que la peur, l’anxiété et l’inconfort. C’est la phase de négociation du choc culturel étant donné que tu essaye de t’adapter au changement et différences.
  • Étape 3: Là c’est le déclic, tu fais surface une fois que tu reconnais que les choses peuvent variées par rapport à ce à quoi tu étais habitué. Une certaine prise de conscience du choc culturel te permet de relever la tête pour finalement accepter ces différences. C’est la phase d’ajustement/d’acceptance où tu te fais des potes, trouves des hobbies et prend tes marques dans ta nouvelle vie à l’étranger.
  • Étape 4: Adaptation et assimilation plus ou moins complète à la nouvelle culture du pays d’accueil que tu appelles désormais « à la maison ». Tu te sens bien plus confient et participe pleinement à la vie quotidienne locale. C’est la phase biculturelle lorsque tu deviens conscient et accèpte les différences culturelles. Tu te sens désormais épanouie, satisfait ; l’intégration est réussie.

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À présent, je ne vais pas débattre de ce chemin vers le choc culturel, mais on va s’attarder sur les moments clé de la vie d’expat selon mon expérience personnelle.

J’utiliserai des guillemets pour le mot « maison » étant donné qu’il est difficile d’appeler un endroit précis comme celà quand on voyage et change souvent de domicile. Tu as toujours « ton pays d’origine » où tu as été né et où tu as grandi, et il existe « ta nouvelle maison » où tu as déménagé et élu domicile pour construire une nouvelle vie là-bas.

1. L’excitation d’une nouvelle aventure

Au début, lorsque tu t’apprêtes à partir pour une nouvelle aventure et que tu arrives à ton « nouveau chez toi », tout est génial et excitant. Du changement de la routine quotidienne au bonheur créé par de nouvelles découvertes, ta vie est chamboulée et toutes ces nouveautés rendent ta vie plus intéressante chaque jour.

Tu vis tout plein de changement dans ta vie de tous les jours: nouveaux paysages, nouvelles connaissances, nouvelle culture, nouvelles coutumes alimentaires, nouveaux défis. Tout paraît formidable sous un nouvel angle, différent de ce dont tu étais habité « chez toi ». Pendant ce moment de la vie d’expat, j’avais l’habitude d’être motivée à découvrir de nouvelles activités, de nouveaux endroits, assister à tout plein d’évènement à Adelaide afin d’apprendre à connaitre mon « nouveau chez moi ».

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2. Promesses faites à ses proches

Avant de quitter ton pays d’origine et même après ton arrivée dans ton pays d’accueil tu fais tout plein de promesses à ta famille et tes amis: « oui, on parlera sur Skype très souvent », « oui, je t’enverrai régulièrement un message ou un email », « ok on se donne des nouvelles ». Au début de l’expatriation, tu gardes plutôt bien ces promesses pour rendre la séparation un peu moins difficile. Mais une fois que tu te sens bien dans ton nouveau chez toi et que tu t’es construit une nouvelle vie là-bas, les messages et les appels se font un peu plus rares.

C’est une évolution plutôt normale de la vie d’expat à l’étranger éloigné de ses proches. Parler à sa famille et donner un peu moins de nouvelles à tes amis ne signifie pas que tu ne penses plus à eux. C’est plutôt que tu as pris tes marques et que tu te sens bien dans ton nouvel environnement de tous les jours. Tu penses toujours à eux, mais tu ressens moins le besoin de leur parler de façon régulière, ce qui rend les conversations encore plus intenses lorsqu’elles ont lieu.

3. Le mal du pays: comment y faire face?

Il arrive parfois qu’un petit quelque chose (une chanson, une actualité, une photo…) provoque un sentiment de nostalgie voire de mal du pays. Ces moments sont plus ou moins fréquents, plus ou moins forts selon les personnalités. C’est un sentiment tout à fait normal lorsque tu passes du temps loin de tes proches.

Personnellement, je ne suis pas le genre de personne qui a besoin d’être physiquement proche de ma famille pour me sentir bien et vivre ma vie. Il m’arrive tout de même d’être triste et nostalgique parfois lorsqu’ils me manquent et que je réalise qu’ils sont si loin de moi. Je ne peux pas sauter dans le prochain avion pour aller leur rendre visite, c’est un si long et coûteux voyage qui doit être planifié. Je me sens parfois coupable d’être si éloignée d’eux, surtout s’ils ont besoin de soutien émotionnel, physique ou financier. J’aimerais pouvoir $etre physiquement avec eux pour faire face à un moment difficile de leur vie.

C’est à ce moment là que je trouve du réconfort dans certaines choses qui me rappellent la France: généralement, j’achète du fromage, du pain et une bouteille de vin. Ensuite, je me sens tellement mieux! D’autres fois, je cherche à passer du temps avec des amis français vivant aussi en Australie pour parler français et se sentir presque comme à la maison. Une autre solution serait de regarder un film français, écouter des classiques français ou assister à un événement en rapport avec la culture française. Finalement, j’enverrais ou appellerais ma famille tout simplement.

Lorsque Steve a le mal du pays, on commande ou cuisine quelque chose qui lui rappelle « la maison »: un cheesteak de Philly (Philadelphie, là d’où il vient) ou une pizza. A chaque fois qu’il me demande d’avoir l’un ou l’autre, je comprend immédiatement qu’il doit se sentir un peu nostalgique.

4. Manquer des moments de la vie de ses proches

Lorsque l’on s’expatrie, on vit certains moments un peu plus difficiles. La vie continue de chaque côté de la planète et il est probable que l’on rate des moments clé de la vie de l’un des membres de nos familles ou d’un ami.

C’est un sentiment et une expérience assez étranges étant donné que tu te sens un peu coupable de ne pas être physiquement avec eux pour les soutenir ou pour célébrer ce chamboulement. Tu essayes de partager ce changement avec eux de la meilleure façon possible: message de réconfort/félicitations, colis surprise, appel Skype. On a tout récemment vécu l’arrivée de la petite nièce de Steve et on a ainsi discuté avec sa famille sur Skype pour « rencontrer » la petite puce. Ce n’est bien sûr pas aussi spécial que de la tenir dans ses bras et l’embrasser, mais on se contente de des moyens de communication à disposition lorsque l’on est un expat.

Quand ce genre de tournant de l’existense de ses proches arrive, on pense à organiser un voyage « de retour à la maison » pour rattraper le temps perdu.

5. Comment garder des liens forts lorsque que l’on est éloignés?

Quand tu vis si loin qu’un vol « retour » peut prendre 24 heures et te coûter un bras, du coup tu visites tes proches pour une occasion toute spéciale. En attendant, tu continues de t’épanouir dans ta nouvelle vie tout en essayant de garder des liens forts avec ta famille et tes bons amis malgré la distance. Ce n’est pas chose facile tous les jours, toutefois tu apprends petit à petit à reconnaître quand il est vital de prendre contact avec eux pour ne pas laisser tes relations familiales et amicales s’estomper.

Même si tu manques quelques moments marquants de leur vie, c’est lorsque tu te rends compte que ce sont les personnes les plus proches de ton entourage vu qu’ils s’efforceront de te tenir au courant des changements dans leur vie. Par exemple, la famille de Steve nous envoie régulièrement des photos de sa nièce pour qu’on puisse suivre son évolution comme si l’on était présents à ses côtés.  Lorsque l’on parle et s’appelle sur Skype, on se retrouve comme si l’on s’était quittés la veille.

Contacter ta famille et tes amis proches de temps en temps est la clé pour garder une bonne entente et relation. Ne pas oublier des dates importantes telles que les anniversaires est tout aussi essentiel. Leur montrer que malgré la distance tu penses et tiens toujours autant à eux permet de construire une relation toujours plus forte chaque jour. Bien évidemment, certaines personnes peuvent être en désaccord avec mon sentiment. Je relate mon expérience personnelle en tant qu’expatriée française vivant en Australie.

6. De l’autre côté…

Il peut y avoir des moments difficiles parfois pour l’expatrié, cependant, la famille et les amis proches souffrent également de la distance. De temps en temps, je reçois un mignon petit « tu me manques » de la part de ma soeur, ma mère ou ma meilleure amie. Les mecs sont bien trop fiers pour oser dire ce genre de chose même s’ils n’en pensent pas moins.

Parfois je peux dire si la distance devient pesante pour l’un de mes proches lorsqu’ils me contactent plus régulièrement. Malheureusement, il n’y a pas de recette miracle à cela, mais il faut continuer à se réconforter et se dire que l’on se verra très bientôt que ce soit « de retour chez soi » ou si un proche vient te rendre visite.

On ne survivrait pas à cette vie d’expat sans Skype. Oh merveilleuse invention! On essaye d’appeler nos familles toutes les deux semaines ou au moins une fois par mois si l’on est trop occupés. Même si c’est pour une courte discussion de 5 minutes, ça fait toujours du bien au moral d’entendre la voix et/ou voir les bouilles de ceux que tu aimes. Le temps passe si vite, mais à chaque fois que l’on se parle, on a tellement de choses à se dire.

De plus, notre bonne astuce pour pallier à la nostalgie de l’éloignement est d’envoyer un petit colis à nos proches à chacun de nos voyages. Vu qu’on adore les voyages, on s’assure de leur envoyer un petit bout de nos aventures du pays visité. Lorsqu’ils reçoivent le colis, ça nous donne une bonne excuse pour s’appeler et se donner des nouvelles. C’est notre façon à nous de leur montrer que malgré la distance on pense à eux lorsque l’on s’amuse en voyage et que l’on veut partager ces bons moments avec eux en les faisant voyager à travers ces petits cadeaux.

7. Lorsque tu « retournes à la maison »

Arrive ensuite le moment où tu peux arrêter le compte à rebours du « retour à la maison ». C’est toujours un moment jovial parce que l’on sait que l’on va passer de bons moments: on mange nos plats maison préférés préparés par Papa/Maman, on va être traités comme un roi/une reine, on va rattraper le temps perdu avec nos frères/soeurs et nos amis.

À chaque fois que je rentre en France ou que Steve retourne aux Etats-Unis, on expérimente le même phénomène: tout le monde nous demande comment différente est la vie en Australie, nos familles et amis ne s’arrêtent pas de prendre des photos avec nous comme s’ils voulaient figer ce moment à jamais. Il est en effet assez surprenant de se dire que l’on « part en vacances » dans le pays où l’on a vécu le plus clair de son temps.

Il existe d’ailleurs deux sentiments un peu bizarre que j’ai ressenti lors de mon dernier voyage en France en 2014:

  • Je passai mon temps à prendre des photos de choses qui font partie de ma culture à laquelle je devrais être habituée et ne devrais pas prêter attention. Pourtant, je me suis vu toute souriante lorsque j’ai senti l’odeur du bon pain frais et des pâtisseries à la boulangerie. J’adore aussi voir les différents fromages dans les étales du marché fermier local. Je devient de plus en plus fière de mes origines et ma culture.
  • Je suis toute irritée par certains caractéristiques des Français. A mon retour, j’avais du mal à supporter les Français qui se plaignent, qui râlent et qui ont une tête de déprimé. C’est à ce moment-là que j’ai découvert l’une des raisons majeures de mon expatriation.

EN CONCLUSION, voici mon expérience personnelle de la relation longue distance que j’ai avec ma famille et mes amis après avoir établi mon « nouveau chez moi » en Australie. Certaines personnes peuvent vivre l’expatriation différemment: soit de façon plus détendue ou plus difficile.

Et toi, comment gères-tu ta vie quotidienne d’expatrié(e) loin de ta famille et tes amis? Comment arrives-tu à surmonter la nostalgie et le mal du pays?

2 commentaires

  1. Pas toujours facile la vie d’expat’, et tu le décris très bien, quand on est pris d’un petit coup de blues. La bouffe, je crois sincèrement que c’est le dénominateur commun pour tenir. Un bout de fromage acheté hors de prix, ou une recette bien franchouillarde préparée toute une après midi et engloutie en quelques minutes… après la nostalgie passe. Les bugnes à Montréal pour moi ça marche, même si elles n’auront jamais la même saveur qu’à Lyon!

    • domilia Répondre

      C’est tout à fait ça! Je me retrouve souvent à baver devant un fromage ou me faire un petit plaisir en achetant un croissant dans une boulangerie française. Mais, j’me suis rendue compte récemment que ce qui me manque surtout de la France, c’est les rayons de yaourts haha.

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